Régime crétois et santé : les grandes études expliquées
On me pose souvent la question à la boutique : « Le régime crétois, c'est vraiment bon pour la santé ? » Je ne suis ni médecin ni nutritionniste. Je suis Crétoise, née à Knossos. Alors plutôt que de vous promettre des miracles, je vous raconte ce que les chercheurs ont réellement observé. En 10 points, avec les limites.
1. Tout part de l'étude des Sept Pays
À la fin des années 1950, l'Américain Ancel Keys lance l'étude des Sept Pays. Elle suit des hommes de 40 à 59 ans en Finlande, aux États-Unis, aux Pays-Bas, en Italie, en Yougoslavie, au Japon et en Grèce, dont un groupe en Crète. Le but : comprendre les liens entre alimentation et maladies cardiovasculaires.
2. Ce que les chercheurs ont observé en Crète
Après 15 ans de suivi, les taux de mortalité étaient bas dans les groupes où l'huile d'olive était la matière grasse principale, comme en Crète. Mais les auteurs l'écrivent eux-mêmes : ils n'affirment pas de lien de cause à effet. C'est une observation de populations, pas une démonstration.
3. L'étude de Lyon : 605 patients après un infarctus
Au début des années 1990, à Lyon, des chercheurs ont suivi 605 personnes qui avaient eu un premier infarctus. La moitié a suivi une alimentation de type méditerranéen. L'autre moitié a suivi les conseils habituels. Après 27 mois en moyenne, les chercheurs ont observé nettement moins de décès cardiaques et de nouveaux infarctus dans le premier groupe. Le rapport final, publié en 1999, va dans le même sens sur près de 4 ans.
Les limites : l'étude est petite, et elle concerne des personnes déjà malades. Et le groupe « méditerranéen » utilisait une margarine à base de colza, fournie par l'étude. Ce n'était donc pas tout à fait l'assiette crétoise.
4. PREDIMED : 7 447 participants en Espagne
L'étude PREDIMED a suivi 7 447 personnes de 55 à 80 ans. Elles étaient à risque cardiovasculaire élevé, mais sans maladie cardiovasculaire au départ. Il y avait trois groupes. Le premier suivait une alimentation méditerranéenne, avec de l'huile d'olive vierge extra fournie. Le deuxième, une alimentation méditerranéenne avec des fruits à coque. Le troisième recevait seulement un conseil pour réduire les graisses. Après près de 5 ans, les chercheurs ont observé environ 30 % d'infarctus, d'AVC et de décès cardiovasculaires en moins dans les deux groupes méditerranéens que dans le groupe témoin.
Les limites : l'étude a été publiée en 2013, puis retirée et republiée en 2018. Le tirage au sort n'avait pas été respecté pour une partie des participants. Les résultats sont restés proches, mais certains chercheurs restent réservés. Et elle porte sur des personnes à risque, en Espagne, pas sur tout le monde.
5. Une association n'est pas une promesse
Une étude observe moins de maladies chez les personnes qui mangent d'une certaine façon. Cela ne veut pas dire que cette façon de manger en est la seule cause. Les Crétois des années 1960 travaillaient aux champs et marchaient beaucoup. Ils vivaient entourés. Et une étude sur un groupe ne dit rien de certain pour une personne en particulier.
6. Pas un régime minceur
Le régime crétois n'a jamais été pensé pour maigrir. Je ne vous promettrai pas de kilos en moins. D'ailleurs, dans l'étude de Lyon, l'indice de masse corporelle est resté semblable dans les deux groupes. En Crète, le travail aux champs et en cuisine faisait partie du quotidien. C'est un mode de vie, pas un programme.
7. Une assiette surtout végétale
Voici ce que les chercheurs décrivent pour la Crète des années 1960. Beaucoup de légumes, de fruits, de pain et de céréales, de légumineuses, de fruits à coque. Du fromage et du yaourt, du poisson et de la volaille en quantité modérée. Peu de viande rouge. Les légumineuses contiennent des fibres et des protéines végétales. Et elles sont tellement bonnes avec un filet d'huile.
8. L'huile d'olive, la matière grasse de tous les jours
En Crète, l'huile d'olive passe avant le beurre ou le saindoux. On cuit avec, on assaisonne avec, on y trempe le pain. L'huile d'olive est riche en graisses monoinsaturées : c'est sa composition, pas une promesse santé. Pour moi, c'est d'abord un goût. Herbacé, fruité, parfois un peu piquant en gorge quand elle est jeune.
9. Le mode de vie compte autant que l'assiette
La Crète étudiée par Keys, c'était aussi l'activité physique de chaque jour, les repas pris ensemble, les jeûnes du calendrier orthodoxe. Une partie des relevés alimentaires a d'ailleurs été faite pendant le Carême. Ce point fait débat chez les chercheurs. On ne peut pas isoler l'assiette du reste de la vie.
10. La Crète d'aujourd'hui a changé
La Crète d'aujourd'hui ne mange plus comme celle des années 1960. La modernisation, les produits industriels et le tourisme ont transformé les habitudes. Le modèle étudié par les chercheurs, c'est celui de nos grands-mères. C'est lui que j'essaie de transmettre.
Comment s'en inspirer au quotidien ?
Sans attendre de miracle. Cuisinez avec de l'huile d'olive vierge extra. Mettez des légumineuses au menu plusieurs fois par semaine, et des légumes de saison à chaque repas. Utilisez des herbes à la place de certaines sauces. Et surtout, mangez à plusieurs, lentement. C'est ça, la Crète.
À savoir : cet article raconte des études sur une façon de manger dans son ensemble. Aucun aliment, à lui seul, n'a d'effet miracle sur la santé. Si vous avez un problème de santé, parlez-en à votre médecin avant de changer votre alimentation.



